RECHERCHE ET RÉDACTION: Marie-Hélène Proulx
Aide à la recherche : Jean-Sébastien Marsan
Coordonatrice: Eric Grenier et Annick Poitras
Malgré un manque de données officielles, spécialistes et travailleurs
du milieu s’entendent pour dire que l’industrie du sexe explose au Québec
depuis les années 1990, comme dans le reste de l’Occident.
Films 3X et vidéos érotiques sur le Web connaissent un essor appréciable
grâce à l’expertise technologique accessible à Montréal. «Au Québec, un
vedettariat est même en train de naître chez les acteurs pornos», mentionne
Pascale Robitaille. Cette sexologue a donné en 2005 des cours sur la
prévention des MTS à Porn Star Académie – un pastiche impudique de
Star Académie présenté sur le Web, où Français et Québécois apprennent les
rudiments du métier d’acteur porno. La figure la plus célèbre de cette industrie
est sans doute la Montréalaise Lanny Barbie, première actrice porno
québécoise à être choisie «Penthouse Pet» en juin 2003, dans le magazine du
même nom. Sur son site, elle affirme que les Québécoises sont les filles les
plus cochonnes du monde; leur absence naturelle d’inhibitions ferait
d’elles les meilleures pornstars… Cela dit, l’industrie de la porno québécoise
- films, magazines et vidéos sur le Web – est un poids plume en
comparaison de celles des États-Unis et de l’Europe. Selon Yolande Geadah,
féministe et auteure de l’essai La prostitution, un métier comme un
autre? (VLB éditeur, 2003), près de 80 % du contenu pornographique
mondial serait produit chez nos voisins du Sud. «À Montréal, il y a seulement
deux ou trois gros producteurs, dont Érobec, et quelques indépendants,
affirme David Blum, président de la boîte de production de contenus 3X
Montreal Studio Multimedia. On a plus tendance à s’entraider qu’à se nuire.»
Outre le marché de la porno, salons de massages érotiques et agences
d’escortes se multiplient. À Montréal surtout, car là convergent les
consommateurs potentiels – touristes et gens d’affaires friqués. Depuis dix
ans, beaucoup de nouveaux joueurs tentent de faire leur marque, si bien
que la concurrence est vive. «C’est la jungle! s’exclame Johanna,
gérante de l’agence V.I.P. Escortes. Juste dans la métropole, il y a de 150 à
200 agences.» Cette concentration entraîne même à l’occasion des
pénuries de main-d’?uvre! Quant aux salons de massages, leur nombre
aurait doublé depuis cinq ans à Montréal, estime une propriétaire de
salon qui souhaite rester anonyme.
ADIEU JAGUAR
Richard Poulin e
xplique cette prolifération du commerce de la luxure par le
climat de permissivité qui règne en Occident depuis la révolution sexuelle
et la valorisation des droits individuels. «Acheter des services sexuels ou
consommer de la porno est devenu banal; vendre du sexe est désormais
un métier comme un autre.»