Le bras de fer entre la Ville de Granby et les propriétaires du bar de danseuses nues Le Studio ne semble pas près de trouver un dénouement. En fait, la version de chacune des parties est complètement contradictoire.
«L’affaire n’est pas réglée; le processus pourrait durer plus d’un an. La seule chose qui est réglée, c’est qu’on est passés en cour (mardi) pour parler de la somme liée à l’expropriation. On a accepté de considérer un montant de départ. On a demandé 1,2 million $. On a su qu’il fallait que la Ville nous donne tout de suite une partie du montant et un deuxième versement dans six mois», indique Yan Pellerin, qui est copropriétaire du bar du 176 Principale avec Mathieu Girard.
M. Pellerin évoque un premier versement d’environ 400 000 $ à être versés d’ici une semaine.
Complètement faux, rétorque Me Catherine Bouchard, directrice des services juridiques à la Ville. «Mardi, il n’y a eu que les plaidoiries des deux parties. Nous, on prétend que l’indemnité provisionnelle vaut 104 000 $. Aucune décision n’a été rendue. On l’attend. Et un jour, il y aura un débat sur le montant de l’indemnité finale.»
«Si on obtient le montant voulu (1,2 million $), oui on est contents, mais il reste que c’est cinq ans de notre vie qu’on perd. Le commerce est clair, on gagne bien notre vie. Là, il faut qu’on reparte quelque chose avec cet argent, qu’on recrée des emplois. C’est un processus qui peut facilement atteindre deux ans», dit M. Pellerin.
Plan de déménagement
Le jeune homme poursuit: «La Ville nous a proposé un plan de déménagement au coût de 2,7 millions $, mais finalement, ils vont racheter le commerce pour le fermer à tout jamais. Le juge a statué que le commerce ne serait pas viable au nouvel emplacement.»
Le proprio prétend que la relocalisation du Studio «très loin sur la route 112» aurait notamment entraîné les dépenses suivantes: terrain 700 000 $, bâtiment 1,3 million $, aménagement intérieur 300 000 $ et installations septiques 100 000 $ (le lieu n’était pas lié à l’aqueduc municipal).
Encore une fois, Me Bouchard ne cache pas sa surprise devant de telles déclarations. Selon elle, aucun juge n’a statué de quoi que ce soit dans ce dossier. «Je ne comprends pas…», laisse-t-elle tomber en prenant connaissance des prétentions de M. Pellerin.
Par ailleurs, bien que MM. Pellerin et Girard aient choisi de tenir le «party de fermeture» du Studio le 2 mai prochain, cela ne signifie pas qu’ils mettront la clé sous le porte ce jour-là. Aucune discussion n’aurait encore eu lieu à ce sujet entre les avocats.
Poursuite contre la Ville
Parallèlement aux procédures d’expropriation, les deux proprios du Studio ont de plus l’intention de poursuivre la Ville de Granby en dommages et intérêts, mais refusent de dévoiler le montant pour l’instant. Ce processus ne serait pas encore officiellement enclenché.
Selon Yan Pellerin, tout le tapage entourant l’achat par la Ville de l’édifice du Studio a considérablement nui à ses affaires. «Depuis l’annonce en novembre, on a perdu 50 % de notre chiffre d’affaires. On se promène en ville et les gens nous disent «c’est plate que vous fermiez». En tout, il y a eu14 mentions dans les journaux qu’on serait exproprié ou fermé.»
«Ça va coûter très cher à la Ville en dommages et intérêts. La Ville va payer cher ses erreurs», dit M. Pellerin.
ISABEL AUTHIER & SIMON-OLIVIER LORANGE
La Voix de l’Est
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