Au lieu de voir le gouvernement leur imposer un permis de travail obligatoire, les danseuses nues veulent s’autoréglementer à l’aide d’un document légal avec photo.
«Le projet est d’émettre un document légal à la suite d’une déclaration assermentée. Nous aurons les renseignements personnels et la photo de la fille. Si le gouvernement songe à émettre un permis, nous, nous voulons émettre un document légal avec encore plus de poids», affirme René Thibert, des Productions René, agence de placement d’artistes «exotiques». Même si ce «passeport» sera offert au prix de 100 $, ce dernier est confiant que les 4500 danseuses nues du Québec accepteront le projet, qui devrait diminuer considérablement les risques d’engager des mineures.
«Ce sera plus fiable encore qu’un permis de conduire. Nous sommes prêts à aller de l’avant et on leur donne ce qu’il faut pour qu’elles embarquent: un livret avec 6500 $ en prix, rabais et cadeaux. Qui va refuser?» Selon M. Thibert, les principaux bars de la région de Montréal sont tous d’accord avec cette nouvelle approche. Plus d’une cinquantaine d’endroits auraient déjà été visités jusqu’à maintenant et la réponse s’avère positive.
Regroupement solide
Une grande tournée des bars du Québec est d’ailleurs prévue d’ici peu. Le groupe d’instigateurs dit ne pas vouloir se substituer au gouvernement, mais seulement corriger le fouillis qui règne dans l’industrie. Un regroupement pourrait également permettre aux membres de bénéficier de certains avantages sociaux tels que des assurances juridiques. Face à la justice, les danseuses perdent fréquemment leur cause puisque leur défense représente souvent un important fardeau.
«Il y a des filles qui ont besoin d’aide. Nous serons plus fortes si nous sommes toutes ensemble. Nous obtiendrons aussi plus de respect si nous sommes mieux structurées. Comme dans la construction, par exemple. C’est le free for all actuellement. Les filles sont mieux d’être fichées avec nous qu’avec le gouvernement», ajoute Tangerine Dream, figure populaire du monde érotique québécois. Celle-ci est convaincue que les filles seront davantage prises au sérieux de cette manière. «C’est aussi pour acheter la paix. Il y a du faux dans le milieu», précise Pierre, qui œuvre dans le recrutement d’artistes.
Bientôt une école d’effeuilleuses
Après avoir présenté plusieurs spectacles, dirigé un club et tourné dans une panoplie de films XXX, Tangerine Dream s’apprête à ouvrir d’ici peu une école pour les effeuilleuses. Les secrets de Tangerine devrait voir le jour en avril, à Montréal. «Il y aura de tout: des cours de pôle évidemment, mais aussi d’animation, de vente, de maquillage, de comptabilité, d’entraînement personnel et des conseils sur la consommation de drogues et d’alcool», dit-elle. Si la scène ne représente souvent qu’un boulot passager pour les filles, Tangerine est même confiante d’aider quelques-unes d’entre elles à quitter le milieu. «Si je peux aider quelques filles, tant mieux. Elles doivent penser à l’avenir. Ça peut être de l’argent vite gagné, mais il faut aussi savoir faire un budget.»