SEXE INC. se dégradent, principalement à cause
de la concurrence. Selon le calcul de Johanna, il y aurait déjà 7 000 prostitués
dans la métropole, répartis dans les agences d’escortes, les salons de
massages et les clubs de danse nue «Beaucoup de filles tentent leur
chance comme escortes à Montréal», constate Pascale Robitaille. Selon
Yolande Geadah, ces femmes sont séduites par l’argent facile et une vie
en apparence festive. «Dans un contexte où presque toutes les
activités sexuelles sont permises, la prostitution est devenue glamour,
récréative», dit-elle. Hélas, la concurrence a des effets
pervers sur la santé des travailleuses. «Pour attirer les clients, les filles font
maintenant des pipes sans condom», remarque Pascale Robitaille. «Les
masseuses acceptent aussi d’avoir des relations sexuelles pour le prix
d’un massage afin de garder leur clientèle», déplore la propriétaire d’un
salon de massages à Montréal, qui souhaite garder l’anonymat.
Dans l’industrie de la vidéo porno, une actrice a du mal à percer si elle refuse
la double pénétration ou la sodomie. «La mode est aussi au sexe sans
protection, note Richard Poulin. Act Up, une association française qui s’oppose
à la porno sans préservatif, a publié une impressionnante liste d’acteurs
morts du sida. Aussi, une enquête menée aux États-Unis en 2003-2004
auprès de 243 acteurs pornos indiquait que 43 % d’entre eux avaient une
infection transmise sexuellement.» Selon Yolande Geadah, la banalisation
de la pornographie est en partie responsable de la dégradation des
conditions de travail dans l’industrie. «Plus les gens consomment de la
porno, plus ils ont besoin de scènes qui transgressent leurs limites pour
ressentir de l’excitation. Cela va jusqu’à la violence.» Certains hommes
cherchent ensuite à reproduire ce qu’ils ont vu dans ces films, avec l’aide
des marchands de sexe. René Thibert fait un constat similaire.
«Les bars de danseuses n’attirent plus les foules, car la nudité est devenue
banale. À la télé, il ne se passe pas une demi-heure sans qu’on voie une paire
de seins. Il faut offrir toujours plus aux clients, d’où l’arrivée de la danse
contact, où ils peuvent toucher les filles.» »
»What’s next? »